L’EUTHANASIE DU LION.

1 avril 2012

Non classé

                                         

Dans la jungle, terrible jungle
Le lion est mort ce soir
Et les hommes tranquilles s’endorment
Le lion est mort ce soir

 

Paroles: P.Cambell, H.Peretti, L.Creatore, G.Weiss, A.Stanton,
Françaises de : Henri Salvador.
 Musique: P.Cambell, H.Peretti, L.Creatore, G.Weiss, A. Stanton
 Titre original: «  »The Lion sleeps Tonight – Wimoweh »"

 

Premier constat : y a du monde à la création, mais pourquoi pas son créateur ??

Première question : pourquoi chez nous le lion est mort alors qu’il n’est qu’endormi  à l’origine ?

 

Résumé d’une histoire édifiante :

 

                Il était une fois, dans une tribu zoulou d’Afrique du Sud, un jeune musicien dégingandé né en 1909. Le soir il va jouer et chanter avec un certain succès dans les bars ouvriers autour de Soweto. Un jour, il prend le train pour Johannesburg, la ville aux mines d’or. Travail et ambiance légèrement raciste inspirent notre musicien dégingandé qui crée son groupe : « Solomon Linda et the Evening Birds ». Remarqués par deux partenaires propriétaires d’un studio, Solomon et les birds sont invités à venir  y travailler.

                Aparté : nous sommes alors dans le vieux principe commercial qui veut que les compagnies de disques achètent les enregistrements susceptibles de leur rapporter un peu d’argent. Redevances et droits d’auteurs sont évidemment inconnus en ces années et en ce pays..

                Inutile de préciser (tournure qui consiste à dire que c’est, quand même,  ce qu’on va faire) que cette petite information est amenée à prendre une certaine importance pour la suite du conte.

                En studio- on est en 1939- Solomon et ses copains grattent leurs cordes, tapent du pied comme ils savent le faire  et puis c’est le miracle. 

                Laissons la parole à Rian Milan, écrivain sud-africain, qui raconte la scène traduite ici avec tout le sel surréaliste du passage par internet :

..  il était debout en face d’un micro dans le studio. Il n’avait pas composé la mélodie ou écrit vers le bas ou quoi que ce soit. Il vient d’ouvrir sa bouche et hors il est venu un écheveau obsédante de notes quinze qui coulaient dans les fils et un stylet tremblement qui réduit rainures minuscules dans un bloc de filage de cire d’abeille. Solomon coupe plusieurs chansons, mais celui qui nous intéresse  a été appelé « Mbube » en zoulou « le lion ».  C’était un simple à trois accords chansonnette avec quelque chose des paroles dans le sens de : « lion ! ha ! tu es lion !, » inspiré par un incident dans l’enfance zoulou quand ils allaient chassé les lions qui traque de leur pères les oiseaux du bétail.

                Dans un français plus clair : Solomon se met à improviser sur une structure très zoulou sur le thème de « Mbub », ce lion qui endormi  peut se réveiller demain, avec un « uyi-mbube » sur fond de basses puissantes  et sa voix de fausset qui rajoute, sans savoir pourquoi, une mélodie associée depuis  à la partie chantée : « In the jungle, the mighty jungle
The lion sleeps tonight
 » et va donner un nom au genre : le mbube chanté de manière forte et puissante quand l’isicathamyiya (autre genre,  popularisé par Paul Simon et son « Graceland »)  se veut plus harmonieux.

 

                Solomon vend  pour 10 schillings sa composition qui fait un tabac parmi les émigrants zoulous. Fin du premier acte : Solomon est désormais dépossédé de son travail. Il sera dès lors épargné par les royalties générées par son inspiration. Pour tempérer, rappelons qu’il n’était qu’un noir dégingandé.

                Gros succès donc  en Afrique du Sud. Un ethnomusicologue, copain de Pete Seeger ramène à celui-ci la chanson dans une de ses musettes. Avec son groupe folk « The Weavers » Pete sort la chanson en déformant le refrain, transformant le  uyimbube (tu es un lion) en  « Wimoweh » qui ne veut rien dire, mais avec en prime, une petite explication à l’appui :

« je pense que la chanson est l’exemple d’un motif folklorique de « dormir -roi » au sujet de Shaka le lion, roi de guerre des zoulous, qui a héroïquement résisté aux armées des colonisateurs européens, et censé ne pas être mort mais seulement endormi pour se réveiller un jour pour mener les personnes opprimées à la liberté. »

                Gros succès alors et donc aux Etats-Unis. A la décharge de Pete Seeger, il est juste de préciser qu’il fut le seul à penser à envoyer une obole à Solomon. Fin du deuxième acte.

                Apprise sur un disque des Weawers, les « The Token » s’emparent à leur tour de la chanson, restaurée pour l’occasion entre autres par Georges Weiss, leur producteur. Restaurée, ça veut surtout dire que l’individu rajoute trois lignes du genre : « Hush my darling, don’t fear my darling. The lion sleeps tonight.” Histoire de s’attribuer la chanson et les droits d’auteur qui vont suivre. .

                Near the village, the quiet village
                The lion sleeps tonigh.

                Et pour suivre, ça va suivre. On recense environ 150 interprétations dans le monde, compris l’intermède du « roi lion » de l’empire Disney.  A peine quelques millions de dollars.

                Chez nous Salvador, ne tue le lion que pour un simple problème de pied, et les Pow Wow en font un succés national.

                 L’EUTHANASIE DU LION. DSC03744-150x150

                Notre musicien dégingandé du début est mort dans la misère à 53 ans.

                 En 1962, le lion était encore endormi en Afrique du Sud.

 

                uyi-mbube,  uyi-mbube,  uyi-mbube,  uyi-mbube,  

 

 

 

 

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